Traduire et adapter : aux sources d’une nouvelle création littéraire berbère ?
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Dans la littérature berbère, dans ce qui est écrit et dans ce qui se lit en ce moment, les auteurs, les créateurs choisissent de traduire ou d’adapter des textes étrangers. Pourquoi ? On peut peut-être se dire qu’ils sentent l’urgence d’écrire dans leur langue, et qu’il est plus facile d’utiliser, de s’inspirer de textes déjà existants que de créer ex nihilo. Ce serait donc le temps, l’urgence de la situation, la disparition proche et prochaine de la langue et de la culture berbère. L’urgence de passer à l’écriture au prix parfois de la qualité, problème que nous avions soulevé dans notre premier numéro. Peut-être y a-t-il aussi la nécessité de s’adapter à la modernité ? Non seulement la littérature traditionnelle n’a plus de place en tant que telle dans les référents de chacun, mais encore elle est marquée par une certaine forme de mort dans la mesure où le monde dont elle parlait, qui était son référent n’existe plus. Et personne ne peut plus lire un texte recueilli à la fin du XIXème siècle sans qu’il soit remis en situation par des notes, des éléments d’explication parfois historiques. Traduire, adapter c’est donc se dire qu’il faut se mettre en phase avec la société moderne.

Mais traduire n’est pas adapter. Quelle est la différence entre l’une et l’autre position ? Pour répondre li faut nécessairement se poser la question de la visée de la traduction : pourquoi traduit-on ? pour qui ?Le travail de traducteur peut-il être conciliable avec celui de créateur ? Dans quelle mesure n’y-a-t-il pas plagiat lorsqu’on s’inspire de textes dans d’autres langues pour les adapter et faire sa propre création ? Quand on traduit un texte français en berbère, n’y a-t-il pas le risque de calquer celui-ci sur celui-là ? Le fait que la littérature berbère ou les littératures berbères aient été jusqu’à maintenant des littératures orales ne peut-il pas empêcher un lecteur de saisir toute la recherche, tout le travail de création qu’il y a dans un texte ?

Traduire d’une langue à l’autre pour s’enrichir, pour se placer dans la voie de l’humaine condition, n’est-ce pas ce qu’ont fait toutes les civilisations (à Rome, en France, en Pologne, en Grèce) ? Est-ce alors un moment nécessaire dans l’histoire d’une civilisation qui doit être un tremplin pour la suite ?

Traduire c’est faire « l’épreuve de l’autre ». Mais cette épreuve ne doit pas être unilatérale. L’autre doit aussi faire l’épreuve de nous-mêmes. Et la traduction de textes berbères en français est aussi un moyen de faire connaître à d’autres la vitalité et la richesse de la culture et de la littérature berbères. L’estime de soi passe souvent par la reconnaissance des autres... En serait-il de même pour que la littérature berbère s’assume pleinement ?

Autant d’interrogations que nous aimerions tenter d’éclaircir pour que nous puissions comprendre de manière plus aigue ce moment de passage, de transition que la littérature berbère est en train de vivre depuis maintenant une quarantaine d’années.


A paraître courant été 2007